Ces dernières années, j’ai facturé un peu plus de 100000 € grâce à WordPress. Mais si je devais refaire ces 100000 € aujourd’hui, je ne m’y prendrais probablement plus du tout de la même manière qu’il y a deux ans.
Pourquoi ? Parce qu’entre-temps, il y a eu un vrai changement de paradigme. Oui, l’intelligence artificielle a rebattu les cartes. Et la grande question, celle qui revient partout, c’est toujours la même : est-ce qu’on peut encore gagner sa vie avec WordPress maintenant qu’une IA peut sortir un site en 30 secondes ?
Ma réponse est oui. Mais pas n’importe comment. Et surtout pas avec les vieux réflexes d’avant.
Ce qui s’est écroulé chez moi, et pourquoi
Je vais être transparent : mon activité autour de WordPress a fortement chuté. Pas un petit passage à vide. Une vraie claque. Mes produits et mes services se sont effondrés presque en même temps.
Sur le moment, ce n’était pas évident à comprendre. Avec du recul, c’est limpide.
Une grosse partie de mes offres s’adressait à des professionnels du milieu :
- éditeurs de sites
- spécialistes SEO
- personnes qui montent des PBN
- profils qui déploient des dizaines de sites à la chaîne
Et ces gens-là ont presque arrêté du jour au lendemain d’acheter mes produits et mes services. Non pas parce que les offres étaient devenues mauvaises. Elles étaient toujours utiles. Le besoin de créer des sites existait encore. Mais ils n’avaient tout simplement plus besoin de moi pour le faire.
L’IA s’en charge maintenant à leur place.
Et si je suis honnête, moi aussi j’ai arrêté d’acheter certaines prestations chez d’autres. Donc ce mouvement, je le comprends parfaitement.
Le marché WordPress ne s’est pas effondré, il s’est scindé
Le plus intéressant, c’est que tout n’a pas chuté de la même façon. En parallèle, la demande pour les projets réels, les vrais besoins terrain, a très peu bougé.
La petite entreprise, l’entrepreneur qui démarre, l’artisan, l’association, le commerce local, le kiné, le resto du coin : tous ces profils continuent à chercher quelqu’un pour leur faire un site propre, modifiable facilement, sans avoir à appeler un développeur à chaque petit changement.
Autrement dit, le marché ne s’est pas écroulé. Il s’est divisé de façon beaucoup plus nette.
Premier groupe : les professionnels du web
On parle ici des développeurs, marketeux, agences, profils techniques ou semi-techniques qui savent déjà bricoler avec WordPress et qui ont désormais d’autres outils entre les mains.
Eux n’ont plus vraiment besoin de prestataires pour créer un site rapidement, ni même pour gagner du temps. L’IA fait déjà une grosse partie du travail.
À mon sens, en tant que prestataire WordPress, ce segment est devenu très mauvais à cibler.
Deuxième groupe : les TPE, PME, artisans, assos, mairies
Là, c’est autre chose. Ces structures n’ont ni l’envie ni le temps d’apprendre à prompter, de comparer dix outils, de brancher un hébergement, de régler la sécurité, les performances, la maintenance et tout le reste.
Elles veulent un site qui fonctionne. Point.
Et pour ça, elles continueront de payer quelqu’un.
Donc aujourd’hui, si tu veux vendre des prestations WordPress, il n’y a plus vraiment de débat : le marché à viser, c’est celui des petites et moyennes structures du monde réel.
La vraie question : est-ce que cette moitié du marché suffit ?
C’est là que ça devient intéressant. Oui, la partie vivante du marché existe encore. Mais est-ce qu’elle suffit pour en vivre confortablement sur 2026, 2027 et au-delà ?
Il y a un signal très fort qui mérite d’être regardé : Vincent Huguet, CEO de Malt, a partagé dans un podcast qu’en 2025, sur 2,5 millions de recherches sur la plateforme, la compétence la plus demandée était… WordPress.
La deuxième recherche la plus forte était l’intelligence artificielle. Et pourtant, la première restait WordPress.
Franchement, ça en dit long.
On parle ici de la plus grosse marketplace de freelances en Europe. Et malgré tout ce qu’on lit régulièrement sur LinkedIn, X ou ailleurs, WordPress n’est pas mort. Pas du tout.
Un CMS lancé il y a plus de 20 ans, qu’on enterre tous les quatre matins, reste encore aujourd’hui la compétence la plus recherchée sur ce type de plateforme. Ça veut dire une chose très simple : les entreprises ont toujours besoin de sites :
- qui tournent
- qui soient personnalisables
- qui puissent être repris facilement
- qui reposent sur un écosystème connu
Et c’est précisément l’une des grandes forces de WordPress. Tout le monde ou presque sait l’utiliser, ou au moins trouver quelqu’un qui saura intervenir dessus.
La demande est là. Elle paye. Et elle s’appelle encore WordPress.
Le problème : tout le monde va se rabattre sur les mêmes clients
Maintenant, il faut aller jusqu’au bout de l’analyse. Ce serait trop facile de s’arrêter à la bonne nouvelle.
Les prestataires qui ont perdu leur clientèle de pros vont tous regarder dans la même direction. Ils vont viser les petites entreprises, les artisans, les entrepreneurs qui se lancent.
Donc qu’est-ce qui va se passer ?
- encore plus de concurrence
- encore plus de monde sur un marché déjà saturé
- encore plus de guerre des prix
- encore plus de difficulté à se différencier
Et ça, c’est le vrai danger.
Viser la bonne moitié du marché ne suffit plus. Si tu arrives avec la même offre que les 100 autres freelances à côté de toi, tu finis noyé dans la masse. Tu deviens un simple exécutant. Et dans cette guerre-là, tu ne gagneras pas.
Il y aura toujours quelqu’un pour faire moins cher.
Arrête de vendre “un site internet”
Selon moi, la seule vraie manière d’éviter cette guerre, c’est d’arrêter de vendre, au fond, un simple site internet.
Pourquoi ? Parce que c’est précisément ce que l’IA commence à produire gratuitement ou presque. Et c’est aussi exactement ce que vendent déjà tous les autres.
Si ton offre se résume à :
- je te fais un site
- pas cher
- rapidement
alors oui, tu es remplaçable.
Pour être payé correctement, il faut une vraie proposition de valeur. Quelque chose que la machine ne sait pas faire à ta place, ou pas bien.
Là où l’IA se casse encore les dents : le design
Le premier endroit où l’IA montre rapidement ses limites, c’est le design.
Oui, elle peut parfois sortir des layouts corrects. Oui, elle peut produire une base exploitable. Mais sans bagage en web design, le résultat final sent très vite le généré. Ça se voit partout. C’est lisse, banal, interchangeable, sans personnalité. Bref, du slop.
La raison est simple : l’IA actuelle n’a pas de goût.
Elle peut remixer, combiner, imiter, accélérer. Mais elle ne remplace pas l’œil.
Et c’est justement pour ça que les web designers qui ont un vrai niveau continuent de très bien s’en sortir. À mon avis, ce sont même ceux qui prospèrent le mieux aujourd’hui dans le marché de la création de site.
Le retournement est assez violent quand on y pense : avant, la difficulté était surtout du côté technique. Le back, le code, l’intégration, les réglages, tout ce qui demandait du temps et de la maîtrise.
Aujourd’hui, cette partie est devenue la plus facile à accélérer avec l’IA.
La valeur s’est donc déplacée :
- vers l’œil
- vers le goût
- vers la direction artistique
- vers la capacité à créer quelque chose qui ne ressemble pas à tous les autres sites du marché
Autrement dit, plus l’exécution technique se banalise, plus la qualité du design devient précieuse.
Les signaux du marché montrent que l’argent circule encore
Si tu doutes encore de la santé de l’écosystème WordPress, il y a un autre indicateur très simple à regarder : la bibliothèque publicitaire de Meta.
Va y chercher les gros plugins WordPress, les thèmes connus, ou simplement WordPress. Tu verras des centaines de publicités actives en permanence.
Et ça, ce n’est pas un détail.
Quand des acteurs du secteur dépensent des fortunes en acquisition, ce n’est pas pour le plaisir. Ils le font parce que ça rapporte. Personne ne met ce niveau de budget sur un marché mort.
Pour moi, c’est l’un des meilleurs indicateurs de la vitalité réelle du secteur : l’argent continue de circuler.
Alors, peut-on encore gagner sa vie avec WordPress ?
Oui, clairement.
Mais plus en faisant ce que tout le monde faisait déjà avant. Et très honnêtement, ça marchait déjà de moins en moins bien même avant l’arrivée massive de l’IA.
Le prestataire qui veut juste vendre un site vite fait, pas cher, sans angle fort, sans positionnement, sans goût particulier, est déjà en train d’être remplacé.
En revanche, celui qui coche les bonnes cases a encore de très belles années devant lui.
Le profil qui peut encore très bien vivre de WordPress
- il cible des entreprises du monde réel
- il ne vend pas un site générique mais une offre claire
- il choisit un positionnement bien niché
- il apporte un vrai niveau en design
- il livre quelque chose que l’IA ne sait pas reproduire proprement
C’est ça, à mon sens, la bonne lecture du marché aujourd’hui.
WordPress n’est pas fini. Le low value WordPress, lui, l’est de plus en plus.
Si tu veux encore gagner de l’argent avec WordPress, ne te bats pas sur la vitesse brute d’exécution. Ne te bats pas sur le site pas cher. Ne te bats pas sur le terrain où l’IA et les dizaines d’autres prestataires sont déjà meilleurs ou moins chers.
Bats-toi sur ce qui reste difficile à copier : la compréhension du besoin, le positionnement, la qualité visuelle, l’expérience, la clarté de l’offre.
Et là, oui, il y a encore de l’argent à prendre.
